1er mars 2003     

2ème année

 


n°5

 

Editorial

 
 

C'est presque par magie que ce numéro de printemps de La Nouvelle Revue Moderne s'est constitué et organisé. Voici quelques mois, Gérard Farasse m'avait communiqué les poèmes en prose qui ouvrent ces pages, regroupés sous le titre Odeurs dormantes. Mon intention était d'en faire le cœur de ce numéro ; leur charme a agi. Le texte de Pol Charles, Un Dimanche en novembre, m'est parvenu un beau matin par E-mail. Puis, ce fut l'arrivée inattendue d'une enveloppe contenant un beau texte inédit de Jean Rousselot, L'Education sentimentale, accompagné d'un mot d'encouragement. Un court essai de François Huglo à propos de Jean Rousselot est venu opportunément compléter cet envoi. J'ai parlé de magie car, sans concertation préalable, se sontainsi trouvées réunies des évocations de l'univers de l'enfance (" Où est l'enfance est l'âged'or ", écrivait Novalis), touchant à la fois aux registres du rêve, de la nostalgie, et du goût de la vie. Je ne saurais plus départager ce qui relevait ainsi du hasard, de la suggestion et d'états d'esprit convergents. Il n'y avait plus qu'à suivre le courant pour donner corps à la revue. Les textes de Jacques Abeille, Guy Ferdinande, Ericle Mimosa, Angela Ortenzio et Michel Valprémy, écrits à partir de collages, m'ont paru pouvoir s'agréger au thème qui émergeait ainsi. Il en a été de même pour ceux d'Anne Letoré, Ariane Mizrahi et Annie Wallois.

 
 

C'est tout à fait volontairement que j'ai souhaité mettre en avant " le goût de la vie ", au moment où le monde est sous la menace de la "guerre nomade" que nous promettent les discours bellicistes et les préparatifs militaires. C'est bien la volonté de vivre et de " se recréer en recréant le monde" qu'il convient d'opposer à la circularité de la domination et de l'oppression, du ressentiment et de la mort. Le bilan des "utopies sanglantes du 20ème siècle" (1) nous incite à ce choix conscient. Edgar Morin le souligne encore dans La Violence du monde : de nouvelles forces créatrices sont nécessaires pour que la " société-monde " effectue sa métamorphose et échappe à la barbarie pour devenir enfin humaine. Il n'y a pas de fatalité au désastre que nous prépare le règne de la marchandise. Au bruit des bottes et des bombes, s'opposent les voix multiples d'une humanité où les forces de la vie n'ont pas dit leur dernier mot.

 
 



Avec ses modestes moyens, La Nouvelle Revue Moderne veut faire entendre quelques unes de ces voix, à commencer par les nôtres. Elle se veut ainsi en rupture avec toutes les formes de renoncement dont se nourrit un ordre inacceptable, porteur des désordres les plus violents.

PHILIPPE LEMAIRE

 
  (1) René Char.