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Si le dessin de Jean Rousselot
peut être figuratif (il réalisa par exemple un portrait
de son ami Max Jacob), ses collages sont exclusivement non-figuratifs.
" Chacun sa manière, bien sûr ", nous dit-il.
" La mienne procède tout d'abord d'un indéniable automatisme,
à savoir la projection au hasard d'une mince liasse de coupures,
choisies pour leur affinité ou leur opposition, en provenance
de papiers dont les formes et les couleurs sont de ma main
et ont été empruntés à des magazines et des publicités dont
ma boîte à lettres déborde. Précision indispensable : contrairement
à Arcimboldo qui composait des visages avec des fruits,
des légumes, des poissons (etc
) parfaitement identifiables,
mes fragments de réclame ne rappellent en rien l'objet de
celle-ci ". La phase de l'assemblage demande un
travail lent et minutieux, que tout collagiste connaît bien.
Jean Rousselot y voit un exercice d'harmonie et d'équilibre,
" qui n'est pas sans faire penser à l'étude et
à la pratique du comportement humain ".
Il a cette phrase magnifique : "Tout
collage achevé ne représente que lui-même ; ainsi de chacun
de nous..."
Réalisés à partir du matériau le plus courant
et résolument abstraits, ses collages constituent pourtant
de remarquables photos d'identité humaine. Ces images sont
des miroirs où nous pouvons rêver. Leur pouvoir magique
naît des "noces de la substance et de la forme",
selon les mots d'Aristote cités dans un des poèmes de ce
livre. L'intervention du hasard et de l'inconscient n'exclut
pas celle des mirages de la géométrie. Jean Rousselot, qui
n'a rien oublié du surréalisme, sait aussi intégrer cet
emprunt essentiel des cubistes à l'art de la Renaissance.
Il y a dans ces images des jeux de lumière et de perspective
qui fascinent. Si l'on ne peut guère prétendre que la poésie
de Jean Rousselot est apaisée, ses papiers collés dégagent
en revanche une profonde impression d'harmonie qui est le
témoin de leur puissance émotionnelle et de sa maîtrise
de l'art du collage. "Si j'ai deux cordes à mon
arc, elles ne s'entremêlent pas", nous dit-il
encore avec une belle lucidité sur son travail. Il ne faut
pas manquer l'occasion de découvrir cette face lumineuse
d'un poète que nous savons par ailleurs attentif aux voix
de l'obscur. Entendant situer ses collages "dans
une continuité digne de la parole ou de la musique",
Jean Rousselot atteint cette ambition en nous offrant la
grâce d'un chant qui parle à l'il et à l'imagination.
Philippe
Lemaire
Avril
2004
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Les dents serrées l'oeil
sur le saule
Dont l'agonie suit son cours
On écoute distraitement
Aristote raconter
Les noces de la substance et de la forme.
Jean Rousselot
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