L'idée seule

L'idée ne vient jamais au secours du crayon. Mal vous en prend de croire qu'elle se coule en douceur jusqu'à la mine et que, devant un auteur béat, voire béant, elle explose en cariatides sur la page vierge dont elle lubrifie l'hymen. L'idée est une marchandise d'aspect compact, ficelée parfois et recherchant un lieu où son installation prête à la déconvenue, même lorsque vous devinez en elle un objet artistique dans une méforme passagère. L'idée, c'est le déplacement cristallin de l'avion dans un ciel en biais, lequel ressemble au silence courtois d'un bruit, ou c'est vouloir être le fugitif passage d'un regard vers les abîmes de la tendresse, que sais-je ?, l'insouciance ou le dévergondage d'une envie repliée sur elle-même et contrainte de simuler le réel qui n'existe pas, ou les habitudes contractantes de la main qui désigne l'absurde toucher, la structure d'un vide, le dessein d'une inspiration qui n'est en fait qu'un orgasme non abouti. Brève est cependant l'idée. Elle n'est pas un leurre pour ceux qui en refusent l'image arrondie, enceinte d'une prédisposition intellectuelle aux amphigouris, l'idée c'est l'homme nu sous son interrogation, la verge rude et le ventre ulcéré et qui attend la nuit pour mieux confondre le mensonge des vessies qui se disent lanternes. Et qui vous réserve en conclusion ce malheureux texte qui semble la faire aboutir.