C'est pas facile : Baudhuin

C'est pas facile : Baudhuin
Trouver des mots à accepter ta mort
Je m'y cogne comme un lion en cage

Souvent nous étions ensemble
L'un à côté de l'autre
Avec nos carnets d'artistes dans la main
Souvent nous étions tout seul
Sachant les limites des choses

Souvent tu m'as parlé de ton utopie
De ton anarchisme réel
Tu m'as monté des rêves blancs, des rêves noirs
Mon monde était plutôt gris
De l'autre côté de la Belgique
Tu m'as donné des millions d'informations
Nous n'étions pas toujours d'accord
Tu m'as ouvert La Gaume
Maintenant elle se ferme

 

 

 

 

La dernière fois que je t'ai rencontré
Tu m'as dit que tout allait bien
Très bien
Gien godverdomsen emmerdeur
Je voulais t'aimer mieux
Tu m'as guidé vers tes angoisses
Plus fréquemment j'aurais voulu être à Habay
Avec plus d'engagement
Je voulais t'aimer mieux
M'approcher de ton étoile le plus possible
Mais j'ai échoué
C'est fini

Dans le dernier article que tu as écrit
Publié dans C4 de mars/avril
Un article sur moi, tu m'appelais ami
Ta dernière phrase publique était :
Je ne connais qu'un temple, c'est le corps humain.
Ce corps, mon ami, mon tout cher ami
Mon cochon artistique, mon capitaine infantile
Mon ange dévasté, mon petit farfadet
Mon héros d'argile, mon guide borné
Ce corps écrasé, ce corps tordu
Ici avec nous, des cendres,
On va les semer dans la lumière
À nourrir nos rêves d'êtres de la vie
Mon ami pour toujours
This is the end my friend

 

 

 

 

 

 

 

 

Un oiseau de toutes les couleurs
descend du ciel
Il avait vu un pain, ici sur la terre
Et il avait faim
Mais une fois plus près du sol
Il s'aperçoit
Que le pain est un caillou
Miraculeusement brillant
L'oiseau de toutes les couleurs
N'en peut croire ses yeux
Il se fait mal au bec
Le caillou reste un caillou
Et désolé et affamé
L'oiseau de toutes les couleurs
Il s'envole
Pour regagner le ciel.

Baudhuin Simon Pigdada Expoporc
Even pigs can fly

 
José VANDENBROUCKE
Poème lu devant les cendres de Baudhuin en mars 2006
La NR n° 26 - Printemps 2010