Amie cependant

Je t'aime encore, bien que tu ne dises rien, gendarme au bord du cri, avec des paroles muettes qui reconstruisent l'inverse de nos souvenirs comme un lainage pauvre dissimule certains lustres insurrectionnels de sa vétusté.
Je te reconnais sur la photographie où l'un et l'autre nous palpitons au-delà de notre image écornée. A ton invite je me rapproche de toi, dans ta mémoire d'oursonne endormie par le miel de nos anciens sentiments. Sans rechercher notre indifférence captive, ni fuir aucune compréhension mutuelle qui pourrait nous séparer. Non plus sans exagérer le détail de nos conflits permanents qui étouffent les plus pures de nos rancunes et nous conduisent à de nouvelles fâcheries heureuses.
Nulle circonstance ne peut ainsi se prévaloir de nos disputes dans cet univers sans big-bang créateur. Et nul n'a besoin de notre exemple comme d'une malédiction explosive, inspirant cette haine dont nous avivons notre tendresse coutumière, amie, et surtout de notre lien sans cesse rompu au sein d'une nostalgie elle-même épuisée.