Ce 8 mars, Baudhuin Simon nous a quittés

Vendredi 10 mars, le numéro de mars n'est toujours pas bouclé. D'un côté je m'inquiète d'autant moins que je n'ai jamais dit que le Terrier dans l'Igloo était mensuel - je me désaliène - de l'autre ce n'est pas dans mes habitudes et je ne sais pas ce que j'attends. A 19h40, coup de téléphone d'Anne Letoré et Christophe Bruneel : José Vandenbroucke vient de les appeler pour leur annoncer le décès de Baudhuin Simon. Baudhuin Simon, Pig Dada pour les connaisseurs, a mis fin à ses jours en se jetant sous un train. (...) José Vandenbroucke avait reçu il y a quelques jours une lettre de lui dont aucun mal-être particulier n'émanait : il semblait en pleine forme. Il faut dire que la forme est une chose dont il prenait grand soin : végétarien, ne fumant ni ne buvant la moindre goutte d'alcool, pratiquant quotidiennement la culture physique, écologiste. Un garçon psychologiquement zen.
Politiquement très zen aussi, car radicalement libertaire il tenait par-dessus tout à ne rien devoir au capital. Avec son seul RMI il avait réussi à vivre retranché, là-bas dans les fins fonds du Luxembourg belge, dans une délicieuse maison biscornue, ceinte en surplomb d'un potager qu'on eût dit du temps passé, touffu, serré, et qui était une sorte de caverne d'Ali Baba appliquée au dadaïsme. Une maison enchanteresse dans laquelle il s'adonnait totalement au mail art, ce mail art qui habitait son existence à proportion de son éloignement (par exemple, il n'avait ni télé, ni ordinateur, ni téléphone).

Pour lui, incontournable cheville ouvrière du réseau, le mail art était littéralement un point de vue politique sur le monde : une utopie vivante et une pratique grâce auxquelles l'argent cessait d'avoir cours, seulement le libre-échange universel qui en résultait. Ou plutôt qui en résulta, car Dieu sait que j'ai toujours craint qu'il mît tous ses œufs dans le même panier : aujourd'hui, l'os qu'il reste du mail art ce sont pour bonne part les péquenots et les opportunistes qui se le rognent. J'ignore si une subite prise de conscience de ce qui n'est plus a pu le pousser à en finir, ce sont mes idées ça, il ne nous en dira pas plus...

 
 
 
 
 
 
       Outre l'art postal international où la griffe de Pig Dada était toujours présente, Baudhuin Simon a durablement animé le "Journal des travailleurs du sud-lux", dans les années 80, tenu une chronique mensuelle sur le mail art dans RN'G "Rock'n Gaume"; publié quelques opuscules, le dernier en date avec Daniel Daligand (Du porc et de la grenouille) où le cochon, animal culte, tenait toujours la vedette; peut-être y trouvait-il prétexte à secrète projection. Après m'être demandé ce que j'attendais pour boucler ce numéro de mars, il me semble subitement que c'est lui que j'attendais.
 
La dernière lettre que j'ai reçue de lui date d'il y a deux mois. Là non plus, aucun indice laissant entendre que quelque chose n'allait pas : lettre exubérante avec des collages, des commentaires et des tampons dans tous les sens, dans laquelle figure un compte-rendu de son récent voyage chez les Sahraouis, le regret de ne pas nous avoir vus au dernier vernissage de L'Âne qui butine où il performa, etc. Baudhuin Simon avait quelque chose comme mon âge, du tonus et des activités à revendre... Il n'y a pas de mots pour dire qu'il n'y a pas de mots...
Guy FERDINANDE
Extrait de la revue "Comme un terrier dans l'igloo", mars 2006
La NRM   n° 26 - Printemps 2010

         

www.mailart.lu/pigdada.htm
Vous trouverez sur ce site des pages dédiées à Baudhuin Simon avec
des témoignages de ses amis, des photos et des créations de Pig Dada.